Revue de presse : débat sur les retraites (Nice-Matin)

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Dissolution de la BSN : une absurdité

bsn C’est officiel. La BSN 85, le principal groupe de supporters ultras niçois, a été dissoute par un décret du ministère de l’intérieur. Patrick Allemand a écrit la semaine dernière un courrier à Brice Hortefeux pour le mettre en garde contre les effets d’une telle décision, mais nous ne faisions guère d’illusion compte tenu du climat ambiant où l’amalgame est devenu la règle. Et compte tenu de la position de Gilbert Stellardo et de Christian Estrosi après les incidents de Monaco, il n’y avait pas d’union sacrée à attendre.  Beaucoup ont oublié que si le club a été sauvé en 2002, c’est par une unité de toutes les composantes de la ville et du club, et que la BSN a joué un rôle primordial à l’époque, notamment en envoyant plusieurs cars de supporters à Lyon où se décidait la survie du club.

Il est inutile de revenir en détail sur les incidents de Monaco. Mais tout le monde sait aujourd’hui qu’il n’y a pas eu envahissement de terrain mais « gazage » sans raison valable d’une tribune où se trouvaient des enfants, ouverture des grilles suite au mouvement de foule puis comportement imbécile de quelques excités qui ont voulu aller en découdre avec leurs homologues monégasques. C’est la principale raison de l’amalgame fait avec les groupes de supporters parisiens qui se sont affrontés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Première absurdité.

En fait, si on voulait favoriser la violence, on ne s’y prendrait pas autrement. Les incidents les plus graves impliquant des supporters niçois sont liés à des déplacements indépendants. Ces déplacements non-encadrés par un groupe sont source de la majorité des problèmes sérieux, à Nice comme ailleurs. Les Renseignements généraux le savent très bien. Le gouvernement devrait donc le savoir. Pourtant, il dissout un groupe qui est un interlocuteur du club, même si depuis le départ de Maurice Cohen, une cassure s’est opérée. Du temps de l’ancienne direction, on accusait même la BSN de collusion avec les dirigeants ! Mais pour surfer sur sur la vague d’indignation qui a suivi le décès du supporter parisien, il était plus commode de dissoudre, quitte à devoir gérer des petits groupes indépendants radicalisés plutôt qu’un groupe avec lequel on pouvait discuter des problèmes de violence – et personne ne nie qu’il y a pu en avoir. Deuxième absurdité.

Autre argument utilisé par les partisans de la dissolution : le supposé noyautage du groupe par l’extrême-droite. C’est à mon sens un autre faux procès. Je vais désormais en tribunes présidentielles, mais j’ai fréquenté assidument les populaires Sud pendant près de 20 ans et j’ai fait pas mal de déplacements avec la BSN. Il y a toujours eu des types d’extrême-droite avec des blousons Lonsdale et des coupes bien dégagées derrière les oreilles. Comme il y a toujours eu des gauchistes, des centristes, des socialistes, des RPR, des médecinistes… Et je dois dire que l’extrême-droite était plus influente dans la tribune il y a 20 ans, où les signes distinctifs politiques étaient davantage tolérées.  Jamais je n’ai senti qu’ils avaient pris le contrôle de la tribune ou de la BSN. Ils étaient là, c’est tout. Comme moi et mes copains du MJS et comme tous les autres. C’est ce qui fait la richesse de cette tribune.  Ces dernières années, la seule fois où une croix celtique est apparue dans le stade, c’était en secondes basse (lors d’un Nice-Guingamp, si ma mémoire est bonne), pas en populaires Sud. Ce n’est pas un hasard. Et ce ne sera pas un hasard si elles refleurissent dans les mois qui viennent. Troisième absurdité.

Le plus triste dans cette affaire, c’est que les problèmes de violence vont demeurer – à mon avis ils vont même empirer – et que le meilleur est en train de disparaître. Le meilleur ce sont ces ambiances magnifiques qui ont fait l’histoire du Gym. Tous ceux qui vont au Ray en ce moment et qui étaient en populaires lors du barrage Nice-Strasbourg en 1990 ou à Monaco lors de la victoire 4-3 en 2005 savent ce que je veux dire.

A qui perd gagne

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Imaginez un pays africain où le parti au pouvoir serait en mesure de s’y maintenir alors qu’il a été  distancé dans les urnes par son principal parti d’opposition, mais aussi par un tiers parti qui n’a plus pesé sur le cours de la politique du pays depuis un siècle. Les journaux occidentaux parleraient à n’en pas douter de coup d’Etat et de république bananière. C’est pourtant ce qui pourrait se passer le 6 mai dans la mère de toutes les démocraties, qui est aussi le pays du nonsense et des Monty Pythons. D’ailleurs, John Cleese, le plus célèbre d’entre eux, est un supporter libéral-démocrate de longue date et on pourrait presque le soupçonner d’avoir fomenté le scénario de cette élection tant elle apparaît de plus en plus ubuesque. Car au final, le verdict des urnes pourrait être aussi surprenant et illogique que le match nul proclamé dans Sacré Graal après qu’un des deux chevalliers s’affrontant en duel aient les deux bras et les deux jambes coupés.

C’est l’improbable retournement de tendance en faveur des libéraux-démocrates depuis le premier débat télévisé entre les leaders des trois principaux partis qui est à l’origine de cette situation incompréhensible pour les non-britanniques. Ce premier débat était attendu car, aussi étrange que cela puisse paraitre, jamais les leaders des principaux partis ne s’étaient affrontés à la télévision au cours d’une campagne électorale.  Mais personne ne s’attendait à ce qu’il change complètement la donne de cette élection. Et pourtant.

Le bond impressionnant des libéraux-démocrates après la superbe performance de Nick Clegg lors du premier débat (plus de 10 points gagnés en l’espace de deux heures) a été confirmé après le second débat et désormais la plupart des sondages donne les lib-dems à quelques encablures des Conservateurs et, surtout, devant les Travaillistes. Rappelons que c’est en subtilisant la 2ème place au Parti libéral en 1919 que le Labour avait pris sa place au sein du bipartisme britannique du fait des effets accélérateurs du scrutin uninominal à un tour, réputé meurtrier pour la troisième force politique.

Est-ce à dire que l’existence du Labour en tant que parti de gouvernement est menacée ? Pas du tout. En tout cas, pas pour l’instant. Au contraire, le Parti travailliste pourrait même former un gouvernement de coalition et la possibilité existe qu’arrivé en 3ème position, il reste le premier parti britannique au soir du 6 mai. Et même s’il créé la surprise et arrive en tête, le parti libéral-démocrate pourrait ne pas obtenir plus que 100 sièges.

En fait les projections actuelles sur la base d’un Parti conservateur situé autour de 34%, d’un parti libéral autour de 30 et d’un Parti travailliste autour de 28 donnent environ 285 sièges pour les Tories, 245 pour le Labour et 90 pour les lib-dems. La faute une fois encore aux effets du mode de scrutin. Le vote libéral-démocrate est en effet très bien réparti sur le territoire, trop bien même. Avec 30%, les lib-dems obtiendraient ainsi un nombre impressionnant de deuxièmes places mais peu de sièges supplémentaires. Ce n’est qu’à partir de 38% qu’ils feraient des gains significatifs en sièges.

Le renouveau libéral n’est donc en l’état une bonne affaire pour personne. Mais pour les Conservateurs, c’est potentiellement une catastrophe car les perspectives d’une majorité absolue sont en train de sévanouir. Ils avaient en effet besoin de reprendre entre 10 et 20 sièges aux lib-dem. C’est le contraire qui pourrait se produire.

Pour les Travaillistes, la cote d’alerte n’est pas encore atteinte, mais arriver en 3ème position ferait désordre même avec un nombre enviable de sièges. Un pacte lab-lib dominé par les Travaillistes serait difficile à faire accepter à l’opinion, même si Gordon Brown se retirait pour faciliter les choses. Et surtout, la chute du Labour pourrait ne pas s’arrêter là. Près d’un tiers des électeurs déclarés du Parti travailliste ne sont pas encore sûrs de leur choix contre seulement 17% des conservateurs déclarés. Ce qui d’après l’institut ICM situe le plancher travailliste à 18%. Un niveau où le mode de scrutin ne pourra plus rien faire pour le Labour.