additionIl serait vain de nier la défaite. 16,8% c’est très insuffisant pour un parti comme le nôtre, surtout dans le contexte actuel. Le paradoxe c’est que la droite est minoritaire dans le pays mais que l’UMP peut revendiquer la victoire avec 28% des voix. C’est de bonne guerre et à leur place nous aurions dit la même chose. Et le score d’Europe écologie est mérité. Durant toute la campagne, le charisme et le dynamisme de Daniel Cohn-Bendit a mis en relief un manque de souffle de notre côté, et pas que de notre côté d’ailleurs.

Il n’est pas question de s’en prendre à la personne de notre 1ère secrétaire. Ce serait retomber dans les travers qui nous ont conduit au résultat de ce soir et à tant d’autres défaites. Depuis son élection, Martine Aubry fait de son mieux pour redonner crédibilité et unité au PS après le traumatisme collectif du congrès. Mais il y a un pêché originel et l’addition devait être payée à un moment ou à un autre. Elle nous est parvenue ce soir et elle a été salée…

L’atmosphère délétère du congrès de Reims, l’attelage de la vieille garde contre Ségolène Royal et le chaos final du dépouillement des votes ne pouvaient que conduire à une sanction. On veut toujours trouver des raisons d’espérer, surtout dans un contexte a priori favorable à la gauche, mais très objectivement je ne suis pas surpris par notre score.

Il y a en outre des raisons structurelles à la crise du PS. Outre la quête d’un leader incontesté, nous devons nous atteler à un renouveau organisationnel et à un travail de révision programmatique. Et les deux sont à mon sens intimement liés. L’absence de volonté de se confronter à une nouvelle réalité sociale et l’atrophie sociologique du PS sont les deux faces d’un même problème. La crise de l’Etat Providence n’est pas facile à accepter pour nous socialistes qui avons tant oeuvré pour le bâtir, mais porter des oeillères rend les choses encore plus difficiles. Car face à notre attitude défensive, l’UMP impose les termes du débat sur la réforme de notre système social alors que comble du paradoxe, nous donnons l’impression d’être un parti conservateur, au sens premier tu terme.

Mais cet aggiornamento idéologique, dont la nécessité est revendiquée après chaque défaite, ne viendra pas tout seul si le PS demeure un parti vieillissant, trop fermé aux classes populaires – ne serait-ce que par le prix de la cotisation, mais aussi par ses pratiques militantes -, et composé pour moitié d’élus locaux qui n’ont ni le goût ni le besoin de se lancer dans des débats théoriques.

Au milieu de ce sombre tableau, reste t’il des raisons d’espérer ? La réponse est oui, mille fois oui. En premier lieu, parce que dans les pires moments, le parti socialiste a toujours su réagir. Les défaites électorales de 1969, 1993 et 1994 étaient bien pires que celle de ce soir et elles ont conduit à des remises en question salutaires. En second lieu, parce qu’il n’y a pas de forces politiques alternatives crédibles et que l’alternance ne peut être préparée qu’autour du PS. On peut aussi compter sur la vigueur de notre action locale, dont on ne dira jamais assez à quel point elle marche et constitue un contrepoids au sarkozysme.

Et si nous avons la même réflexion au niveau national que dans nos villes et nos régions pour créer des valeurs collectives face à l’individualisation de la société, si nous ouvrons les portes et les fenêtres de notre parti sans avoir peur d’une perte d’identité (le fameux « parti de supporters »), tous les espoirs sont permis. Car je crois profondément qu’une majorité de Français se sent plutôt proche des valeurs du PS, les études d’opinion qualitatives le montrent. Mais qui aime bien chatie bien. En cette période de crise, ils attendent beaucoup mieux de nous, c’est le message de ce scrutin. Et ils ont raison, parce que nous pouvons faire tellement mieux.