resfLa vie politique est ainsi faite qu’on est confronté quotidiennement à des situations et des gens extrêmement différents. C’est à mon avis ce qui la rend si passionnante, plus encore que le pouvoir. Faire de la politique c’est énormément de sacrifices. C’est parfois dur. Mais c’est l’assurance de vivre des moments et de cotoyer des gens souvent extraordinaires. En ce moment, en campagne dans le 6ème canton, je prends connaissance d’un tas de problèmes, de nature très diverse. Cela peut être une famille logée depuis plusieurs années à six dans un deux pièces dans l’attente d’un logement social, une commerçante agressée pour quelques dizaines d’euros, un jardin d’enfant à sécuriser ou encore des problèmes d’entretien des rues.  Ces problèmes, plus ou moins graves, plus ou moins banaux, j’essaie de les résoudre à chaque fois à mon modeste niveau. Et c’est passionnant, car vous entrez dans la vie des gens, parfois dans leur intimité, avec une chance de changer le cours des choses.

Parfois, changer le cours des choses est vital. Mardi, avec Patrick Allemand, nous nous sommes rendus à une manifestation organisée par Réseau éducation sans frontière, sur la Place du Palais de justice, pour dénoncer l’enfermement en centre de rétention de deux familles philippines avec des enfants en bas age qui habitent notre département.

L’une des deux familles, originaire de Beausoleil, a été libérée pour vice de procédure, mais Jahna, 3 ans, peut être à nouveau arrêtée n’importe quand. L’autre est toujours enfermée au Centre de rétention du Canet, le père dans le bâtiment des hommes et la mère et Véa, 5 ans, dans le bâtiment des femmes. Ce couple de philippins travaille comme employés de maison à Cannes. Leur fille est scolarisée à l’institut Stanislas. Ils ont toujours eu un comportement exemplaire sur le sol français.

L’immigration est un sujet très sensible. Je crois en une immigration régulée, réaliste à la fois sur le plan économique et sur le plan social. Sur le plan économique, notre politique d’immigration doit être en adéquation avec le marché du travail. Sur le plan social, elle doit être à un niveau qui permette une intégration et une capacité à vivre ensemble.  Et l’équilibre est difficile à trouver. Il faudrait être autiste pour ne pas voir les problèmes engendrés par des vagues d’mmigration qui, faute de politique d’intégration digne de ce nom, ont abouti à la création de cités ghetto.

Ayant grandi dans un quartier populaire, étant aujourd’hui candidat sur un canton qui compte des cités , j’ai été souvent confronté à l’amertume exprimée par des gens issus de la classe ouvrière, qui estiment que la classe politique leur a fait supporter le poids de l’immigration du fait de la concentration de populations d’origine étrangère dans certains quartiers. La politique d’attribution des logements sociaux à Nice a exacerbé ces sentiments qu’on aurait tort de délégitimer par réflexe bien pensant. Le paradoxe, c’est qu’à Nice ce sont ceux qui ont organisé depuis des décennies cette ghettoïsation qui profitent électoralement des tensions que cela engendre.

Dans ce contexte, avoir un discours humaniste est devenu mal vu. Mais je crois profondément qu’on peut concilier une politique d’immigration réaliste, éviter l’écueil de l’angélisme tant reproché à la gauche, et la dénonciation de la honte à notre pays que représente la chasse aux enfants - il n’y a pas d’autres mots. 

En rédigeant tout à l’heure avec Patrick Allemand un courrier à notre ancien camarade Eric Besson, chargé par Nicolas Sarkozy des basses besognes, qu’il exécute avec le zèle des convertis, j’ai pensé à cette enfant enfermée en plein été dans ce centre de rétention. Et savoir que mon pays se comporte de la sorte avec des petites filles de l’age de la mienne, ça m’a glacé le sang. Je lis en ce moment une biographie de Jean Moulin, et la France ce n’est pas ça.