Une vaste blague
On allait voir ce qu’on allait voir! La régulation et la moralisation du capitalisme était en marche et plus rien ne serait jamais comme avant. Notre Président nous l’a annoncé la main sur le coeur. Bien sûr, quelques mois avant la crise, il déplorait que les Français rechignent tant à s’endetter et aspirait à ouvrir le marché immobilier aux crédits hypothécaires (ceux-là même qui ont provoqué la crise des subprimes aux Etats-Unis). Mais cette fois il avait bel et bien changé. D’ailleurs rien ne serait plus comme avant et dès que ce cap difficile serait passé, un nouvel arc en ciel capitaliste se profilait. Un capitalisme moralisé, régulé. Un capitalisme au service des hommes. Le G20 lui-même a promis de veiller au grain.
Le cap difficile, c’est peu dire que nous ne l’avons pas passé. Nous sommes même en plein dedans. Et pourtant, les banques n’ont même pas attendu les premiers signes de reprise pour retrouver les bons vieux réflexes – l’avidité, le cynisme et l’irresponsabilité la plus totale. Un milliard de bonus, au paroxysme de la crise dans laquelles les banques nous ont plongé, c’est à peine croyable. Et pourtant, c’est vrai, c’est assumé. Et c’est légal.
Doit-on pour autant leur en vouloir ? Oui et non. Oui, parce que lorsque l’on songe aux vagues de licenciements ou que l’on discute avec des commerçants ou de petits entrepreneurs asphyxiés parce qu’ils n’ont plus accès au crédit à des conditions raisonnables – alors même que les taux directeurs sont très bas – on ne peut être qu’écoeuré.
D’un autre côté, je considère qu’ils ne sont pas les premiers responsables de ces dérives. Car ce système il existe depuis longtemps et nous en connaissons parfaitement la cause principale : un mode distribution des bénéfices bancaires qui encourage le risque et déconnecte la finance de l’économie réelle. Avec les bonus, les traders sont poussés à spéculer, y compris – et surtout – sur des produits financiers à très haut risque comme les subprimes. Si ça marche c’est le jackpot. Et en cas de perte massive, tout sera mutualisé et largement pris en charge par l’Etat. Il n’y a pas d’ignobles salauds dans ce système. C’est le système lui-même qui est d’une perversité absolue car il déresponsabilise tout le monde.
Les instruments pour réguler, les dirigeants des Etats les connaissent. Evidemment, ils ne seront efficaces que s’ils sont adoptés au niveau international, mais justement cette crise était une occasion unique pour pousser, en prenant à témoin des opinions publiques scandalisées, l’Union européenne, puis le G20 à adopter un encadrement draconien de la spéculation. C’était l’intérêt de tous. Et c’est d’ailleurs ce que les grands de ce monde nous ont dit avoir fait après le Sommet de Londres. Il n’a fallu que quelques semaines pour s’apercevoir que tout cela avait été une vaste blague.
En fait, c’était aux Etats d’adopter une législation pour réglementer le système des bonus, simplement condamné sur le principe par le G20 (ça ne mange pas de pain). Une législation qui taxe de façon dissuasive les bonus et autres stock-options, qui exige la présence de représentants de l’Etat dans les banques renflouées par l’Etat et qui fasse plus qu’inciter les banques à rouvrir les crédits aux entreprises. Et qu’a fait Nicolas Sarkozy, Monsieur « Retenez moi ou je fais un malheur » contre ses anciens amis requins de la finance ? Un code éthique! En bon français, du foutage de gueule.


août 7th, 2009 at 12:52
Savoureux, bien écrit et tellement vrai!
août 9th, 2009 at 10:12
C’est dimanche ?
- oui
- alors, je peux.
« un encadrement draconien de la spéculation. C’était l’intérêt de tous ».
Voilà une phrase éminemment politique
Encadrement ; terme du centre
Draconien ; terme de gauche
Spéculation ; terme de droite
C’était l’intérêt de tous ; apolitique.
Cela étant j’approuve la totalité de ton analyse.
août 9th, 2009 at 22:33
très bonne analyse qui pourrait être complétée aussi par : Mais que font nos deux socialistes français là où ils sont, a savoir dominique Strauss-Khan et Pascal Lamy? effectivement du foutage de gueule….