Ce qui devait arriver est en train d’arriver. Le débat sur l’identité nationale, lancée à trois mois des élections régionales sans préparation et sans idée claire sur les raisons et les objectifs d’un tel débat (mis à part les élections), est en train de prendre une tournure détestable qui fait peser dans ce pays un climat de plus en plus malsain. Nous rentrons progressivement dans une sorte d’hystérie collective, avec des élus UMP rivalisant d’inventivité pour le prix de la plus grosse énormité de la semaine. Et dans cette compétition de haut vol, le maire de Nice est définitivement tête de série n° 1 !

Christian Estrosi ne s’est jamais fait connaître pour sa hauteur de vue, mais ces derniers jours, il atteint des sommets dans le registre du délire droitier. Après le couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dont le Procureur de Nice a clairement montré qu’il était un coup médiatique inapplicable dans les faits, lundi, il a évoqué les mariages en mairie dans Direct Nice . Il y annonce qu’il va interdire les drapeaux étrangers – comme Jacques Bompard – mais aussi « les coups de klaxons intempestifs ».

De deux choses l’une, soit les klaxons seront interdits durant les cérémonies et il faut nous expliquer comment des véhicules peuvent d’introduire dans la salle des mariages et même aux abords ; soit il s’agit de remettre en cause une vieille tradition un peu bruyante destinée à célébrer les jeunes mariés et ce serait une mesure digne du Chili de Pinochet.

Avec cette déclaration, on pouvait penser avoir touché le fond, mais voici qu’on apprend hier que pour justifier le débat sur l’identité nationale, le maire de Nice a déclaré que si un tel débat avait eu lieu en Allemagne avant la Deuxième guerre mondiale, le pire aurait  été évité !

Que le maire de Gussainville puisse dire des énormités pareilles, passe encore. Mais nous avons affaire à un ministre de la République, maire de la 5ème ville de France. C’est dire à quel point ce pays est en train de s’enfoncer.

Cet étalage de bêtise ordinaire, jour après jour, semaine après semaine, par des responsables politiques de premier plan, est proprement déprimant. D’autant que les déclarations du genre de celle d’Eric Raoult réclamant un droit de réserve au Prix Goncourt, ne sont jamais désavouées par ceux qui sont en charge de l’Etat. C’est déprimant parce que cela veut dire qu’on choisit sciemment de faire appel à la médiocrité des électeurs et c’est ce genre de calculs politiciens, qui en propageant un climat de peur, d’amertume et d’agressivité divise la société française et remet en cause le socle des valeurs communes et de la volonté de vivre ensemble. C’est à dire notre identité nationale.

En bonus, la chronique de Didier Porte sur France-Inter ce matin