La semaine des losers magnifiques
Le hasard a fait que deux des grands hommes d’Etat de ces dernières décennies ont été au coeur de l’actualité en même temps cette semaine, même si bien évidemment la sortie d’un livre et un décès brutal n’ont rien à voir.
C’est une coutume de rendre hommage aux morts, même lorsqu’ils ne sont pas de votre bord politique, mais la mort de Philippe Séguin m’a vraiment fait de la peine. S’il y avait un homme à droite que j’estimais, que j’admirais même, c’est lui. Etait-il vraiment de droite d’ailleurs ? La question pouvait se poser, mais il n’est plus temps d’y répondre. J’aimais simplement sa fibre sociale, son honnêteté intellectuelle rare et surtout son humour mélancolique. Il avait compris que ses qualités étaient immenses mais qu’elles ne cadraient pas avec les exigences de l’accession à la fonction suprême, et ça avait l’air de le rendre triste, pour lui-même surement mais aussi pour l’idée qu’il se faisait de la politique. Pour dire les choses commes elles sont, il n’était pas assez filou et trop tourmenté. J’ai lu un jour qu’il préparait à chaque élection un message de remerciement en cas de défaite ! Ce pessimisme sur la politqiue et la nature des choses explique pour moi la gestion désastreuse de sa carrière, qu’on peut décrire comme une série de rendez-vous manqués. Comme pour Michel Rocard et Lionel Jospin, deux autres losers magnifiques de la politique française, même si eux furent tout de même premiers ministres.
De Lionel Jospin, il a aussi beaucoup été question cette semaine, de façon heureusement moins tragique, à l’occasion de la sortie du livre et du documentaire « Lionel Raconte Jospin ». J’aime beaucoup les documentaires de Patrick Rotman, toujours passionnant et souvent poignant. « Un été 44″ est sans doute le plus beau de tous, mais ses biographies télévisées de Mitterrand et, plus encore, de Chirac sont également de vraies réussites. Mais ces réussites étaient largement dus au format narratif, historique et distancié. Et c’est ce qui manque sans doute à la 1ère partie de son documentaire sur Lionel Jospin diffusé ce soir sur France 2. Le format de l’interview pouvait se défendre mais il manque de recul face à la vision sans doute honnête mais trop intransigeante du camarade Lionel. La forme correspond mieux au livre, que j’ai quasiment terminé. Mais j’aurais aimé qu’il nous dise combien le 21 avril a été douloureux pour lui. Par pudeur ou par fierté, il refuse toujours de partager notre peine. Et c’est un regret presque aussi grand que son rendez-vous manqué avec l’Elysée.




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