Elections générales britanniques : c’est parti !
J’ai déjà eu l’occasion de parler sur ce blog de ma passion pour la politique britannique, au point d’y avoir consacré cinq ans de ma vie pour faire une thèse sur le Parti travailliste. Et cette année, je suis servi car pour la première fois depuis 1992, l’issue du scrutin – qui aura lieu le 6 mai – semble incertaine.
Pourtant, si l’on s’en tenait aux seuls sondages, l’élection pourrait paraître jouée. Dans toutes les études d’opinion, à l’exception d’un récent sondage qui me semble être destiné à confirmer la règle, le Parti travailliste est largement distancé par le Parti conservateur. Mais nous sommes au pays du scrutin uninominal à un tour, qui peut produire des résultats déroutants. Ainsi, le Labour pourrait être le premier parti en nombre de sièges en étant distancé de 5 points par les Tories. Ces derniers ont besoin d’une victoire écrasante pour éviter un Hung Parliament (Parlement sans majorité) où même s’ils étaient le premier parti en sièges, ils auraient toutes les peines du monde à former un gouvernement viable.
Pour montrer à quel point le mode de scrutin uninominal à un tour – celui là même que prévoit la réforme territoriale de Nicolas Sarkozy – peut être inéquitable, prenons l’hypothèse d’un match nul en termes de voix (36% pour le Labour, 36% pour les Tories). Un swing (déplacement de voix) uniforme dans toutes les circonscriptions du pays donnerait alors 151 sièges d’avance aux Travaillistes.
Il y a trois causes principales à ce phénomène :
- la distribution géographique du vote (les travaillistes gagnent un nombre important de sièges avec de courtes majorités, alors que les conservateurs obtiennent des majorités inutilement écrasantes dans leurs bastions, où la participation est tout aussi inutilement supérieure à la moyenne)
- les effets du vote tactique anti-conservateur dans les circonscriptions marginales
- la suprématie de plus en plus marquée du Labour au Pays de Galles et en Ecosse, où les circonscriptions sont moins peuplées.
De fait, il semble que la clé de l’élection soit détenue par les Libéraux-démocrates et de leur leader, Nick Clegg, plus que jamais destinés au rôle d’arbitre. Estimé à environ 20% des voix, le score des lib-dems, susceptibles de prendre des voix à droite comme à gauche, est très important pour les deux partis, mais plus encore pour les Conservateurs.
En effet, plus le score du parti centriste sera élevé, plus les chances du Parti conservateur de gagner une majorité absolue seront réduites. En premier lieu, parce que les Tories doivent approcher la barre des 40% pour atteindre cet objectif (encore un effet du mode de scrutin) et qu’une bonne performance des lib-dems les en éloignerait. En second lieu, parce que pour gagner, les Tories ne pourront se contenter de gagner des sièges détenus par les Travaillistes. Il faudra qu’ils en reprennent au moins une dizaine aux libéraux-démocrates. S’ils n’y parviennent pas, nous aurons un Hung Parliament et dès lors c’est de la cheminée de Nick Clegg que sortira la fumée blanche.
Si David Cameron arrive largement en tête, le leader centriste devra discuter avec lui, mais les positions des deux partis apparaissent irréconciliables sur de nombreux points, en particulier l’Europe et la réforme du mode de scrutin. Un accord politique serait a priori plus facile à trouver avec Gordon Brown, mais comme une grande majorité de Britanniques Nick Clegg a un problème avec la personne-même du Premier Ministre. Il n’est donc pas à exclure que le futur locataire de Downing Street ne soit pas candidat au poste. David Milliband et Alan Johnson, deux blairistes appréciés par les lib-dems, pourraient avoir le profil. Au pays des bookmakers, ils sont encore une grosse côte mais je prends le risque de la jouer.


avril 28th, 2010 at 04:10
Ha ben comme quoi, quand c’est bien expliqué, il est possible de comprendre les anglais en moins de 5mn. Y font rien comme nous ceux là. Merci Xavier.