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Imaginez un pays africain où le parti au pouvoir serait en mesure de s’y maintenir alors qu’il a été  distancé dans les urnes par son principal parti d’opposition, mais aussi par un tiers parti qui n’a plus pesé sur le cours de la politique du pays depuis un siècle. Les journaux occidentaux parleraient à n’en pas douter de coup d’Etat et de république bananière. C’est pourtant ce qui pourrait se passer le 6 mai dans la mère de toutes les démocraties, qui est aussi le pays du nonsense et des Monty Pythons. D’ailleurs, John Cleese, le plus célèbre d’entre eux, est un supporter libéral-démocrate de longue date et on pourrait presque le soupçonner d’avoir fomenté le scénario de cette élection tant elle apparaît de plus en plus ubuesque. Car au final, le verdict des urnes pourrait être aussi surprenant et illogique que le match nul proclamé dans Sacré Graal après qu’un des deux chevalliers s’affrontant en duel aient les deux bras et les deux jambes coupés.

C’est l’improbable retournement de tendance en faveur des libéraux-démocrates depuis le premier débat télévisé entre les leaders des trois principaux partis qui est à l’origine de cette situation incompréhensible pour les non-britanniques. Ce premier débat était attendu car, aussi étrange que cela puisse paraitre, jamais les leaders des principaux partis ne s’étaient affrontés à la télévision au cours d’une campagne électorale.  Mais personne ne s’attendait à ce qu’il change complètement la donne de cette élection. Et pourtant.

Le bond impressionnant des libéraux-démocrates après la superbe performance de Nick Clegg lors du premier débat (plus de 10 points gagnés en l’espace de deux heures) a été confirmé après le second débat et désormais la plupart des sondages donne les lib-dems à quelques encablures des Conservateurs et, surtout, devant les Travaillistes. Rappelons que c’est en subtilisant la 2ème place au Parti libéral en 1919 que le Labour avait pris sa place au sein du bipartisme britannique du fait des effets accélérateurs du scrutin uninominal à un tour, réputé meurtrier pour la troisième force politique.

Est-ce à dire que l’existence du Labour en tant que parti de gouvernement est menacée ? Pas du tout. En tout cas, pas pour l’instant. Au contraire, le Parti travailliste pourrait même former un gouvernement de coalition et la possibilité existe qu’arrivé en 3ème position, il reste le premier parti britannique au soir du 6 mai. Et même s’il créé la surprise et arrive en tête, le parti libéral-démocrate pourrait ne pas obtenir plus que 100 sièges.

En fait les projections actuelles sur la base d’un Parti conservateur situé autour de 34%, d’un parti libéral autour de 30 et d’un Parti travailliste autour de 28 donnent environ 285 sièges pour les Tories, 245 pour le Labour et 90 pour les lib-dems. La faute une fois encore aux effets du mode de scrutin. Le vote libéral-démocrate est en effet très bien réparti sur le territoire, trop bien même. Avec 30%, les lib-dems obtiendraient ainsi un nombre impressionnant de deuxièmes places mais peu de sièges supplémentaires. Ce n’est qu’à partir de 38% qu’ils feraient des gains significatifs en sièges.

Le renouveau libéral n’est donc en l’état une bonne affaire pour personne. Mais pour les Conservateurs, c’est potentiellement une catastrophe car les perspectives d’une majorité absolue sont en train de sévanouir. Ils avaient en effet besoin de reprendre entre 10 et 20 sièges aux lib-dem. C’est le contraire qui pourrait se produire.

Pour les Travaillistes, la cote d’alerte n’est pas encore atteinte, mais arriver en 3ème position ferait désordre même avec un nombre enviable de sièges. Un pacte lab-lib dominé par les Travaillistes serait difficile à faire accepter à l’opinion, même si Gordon Brown se retirait pour faciliter les choses. Et surtout, la chute du Labour pourrait ne pas s’arrêter là. Près d’un tiers des électeurs déclarés du Parti travailliste ne sont pas encore sûrs de leur choix contre seulement 17% des conservateurs déclarés. Ce qui d’après l’institut ICM situe le plancher travailliste à 18%. Un niveau où le mode de scrutin ne pourra plus rien faire pour le Labour.