Hagler-Hearns : 25 ans déjà
D’habitude lorsqu’il est question de sport sur ce blog, il y a toujours un lien avec la politique. Mais lorsqu’on évoque le combat qui a opposé il y a tout juste 25 ans Marvin Hagler à Thomas Hearns, il ne peut s’agir que de boxe et seulement de boxe. La passion autour de ce match n’était pas le fruit d’un arrière-fond racial ou politique comme pour les plus grands combats de Muhammad Ali. Les 3 rounds qu’ils ont livrés, le premier en particulier, sont entrés pour toujours dans l’histoire de ce sport. Le combat entre les deux boxeurs les plus spectaculaires du moment, tous les deux à leur apogée, était très attendu. Mais personne n’avait anticipé le spectacle qu’ils ont offert ce soir-là.
Pour l’un comme pour l’autre, c’était le combat d’une vie, peut-être encore plus pour Hagler pourtant champion du monde des moyens depuis 5 ans. Hagler a toujours été avide d’une reconnaissance qu’il estimait à juste titre mériter mais qu’il a mis très longtemps à obtenir. Lorsqu’il dispute son premier championnat du monde contre Vito Antofuemo, il figure tout en bas de l’affiche dont le haut est tenu par le combat de Sugar Ray Leonard contre Benitez. Et alors qu’il domina outrageusement tout le combat, il fut privé du titre par un verdict incompréhensible (match nul !). Lorsqu’il devient enfin champion du monte contre l’Anglais Alan Minter à Wembley, il est conspué par des militants d’extrême droite et devra sortir du ring sous protection, le crane ouvert, après des jets continus de bouteilles de bière. Les années suivantes, il réclame un combat à Leonard qui préfèrera prendre momentanément sa retraite suite à un problème à la rétine. Sugar Ray attendra intelligemment le déclin d’Hagler pour le défier, en 1987. Malgré son titre, sa frustration était telle qu’il ira devant les tribunaux pour faire changer son nom en Marvelous Marvin Hagler.
Pour Thomas Hearns aussi, il s’agit du combat d’une vie. Le combat contre Hagler était l’occasion d’effacer sa défaite contre Sugar Ray Leonard, par arrêt de l’arbitre au 14ème round alors qu’il avait combat gagné. Ce soir-là, tout le monde attendait un affrontement entre le punch de Hearns et la technique de Leonard. Mais c’est techniquement que Hearns domina la majeure partie du combat, avant d’être trahi par ses jambes, son seul point faible. Extraordinairement grand pour un welter (d’où ses jambes trop fines), Thomas Hearns est resté dans les mémoires pour son punch dévastateur. Il est le seul homme à avoir mis KO le grand Roberto Duran, un KO dantesque. Pour son premier championnat du monde, il terrassa Pipino Cuevas, une terreur des rings à l’époque, d’une droite qui transforma son adversaire en nouille géante. Pourtant il était aussi un formidable technicien. En amateur, son punch ne s’était pas encore révélé et il n’a jamais été réellement dominé. Son punch qui avait l’air d’être un don de Dieu était en fait le fruit de son travail acharné auprès d’Emmanuel Steward, l’entraineur du célèbre gymnase Kronk de Detroit.
Ce 15 avril 1985 au Caesar palace de Las Vegas, la côte des bookmaker n’a pas réussi à départager les deux champions. L’avant-combat est électrique et dès le premier coup de gong, les deux hommes se ruent l’un sur l’autre. Le spectacle qui suit est hallucinant. Ce premier round est peut-être le meilleur de l’histoire de la boxe. Aucun temps mort. Un engagement total. Et des deux côtés, une vitesse d’excéution hallucinante. C’est Hearns qui domine le début du combat, mais Hagler entame progressivement un travail de sape, qui s’avèrera payant.
A la fin du 1er round, les deux hommes sont déjà sévèrement amochés. L’arcade d’Hagler a explosé dès les premières secondes du combat sous une droite de Hearns et le temps lui semble désormais compté tant la blessure est profonde. Pour Hearns c’est encore pire. On ne le saura que bien plus tard, mais il s’est cassé la main droite, sa principale arme. Dès lors, Hearns n’a plus qu’une alternative : défendre en attendant le moment où Hagler sera arrêté par l’arbitre à cause du flot de sang qui s’écoulait de son arcade. Mais la défense ne faisait pas partie de la panoplie de Thomas Hearns. Il n’en a tout simplement jamais eu besoin. Le combat continua donc sur un rythme effréné, mais de plus en plus à l’avantage d’Hagler.
Au début du 3ème round, l’arbitre renvoie Hagler dans son coin pour se faire essuyer le sang qui inonde son visage. Tout le monde pressent que la fin est proche, Hagler plus que quiconque. Il jette alors toutes ses forces dans la bataille et cueille Hearns d’un crochet du droit monumental. Le combat est terminé. Il est déjà dans la légende.
Pour Hagler, c’est la consécration. Après ce combat, il devient la star planétaire qu’il avait toujours voulu devenir. Longtemps humilié par le montant de ses bourses, sa valeur marchande est démultipliée. Il est même sollicité par des grandes marques pour tourner des publicités, une reconnaissance sans doute plus importante pour lui que l’argent que cela lui rapporta.
Hearns sortira grandi mais dévasté de cette défaite. Son match nul obtenu 3 ans plus tard contre Leonard, qu’il mit deux fois au tapis ce soir là, l’a sans doute un peu apaisé. Mais aujourd’hui encore, à chaque fois qu’il rencontre Hagler et Leonard à l’occasion de gala, il provoque leur hilarité en leur demandant une revanche. Tout le monde se souvient de son extraordinaire punch, mais l’histoire retiendra surtout ses deux combats de légende contre Leonard et Hagler. Deux combats qu’il a perdus après avoir cru les avoir gagnés.


